Depuis plusieurs mois, Facebook travaille au renouvellement à la fois de son image mais aussi de son fonctionnement. Au-delà du célèbre réseau social, toujours numéro 1 mondial malgré les disgrâces récentes, le géant américain souhaite créer dès 2020, une monnaie privée et une institution financière. Rien que ça !
La monnaie, appelée Calibra, qui reposerait sur les modalités de la blockchain, pose d’ores et déjà de sacrés défis aux banques et aux Etats, qui commencent à réagir vivement et ne voient pas d’un bon oeil ce nouveau pouvoir financier.

Zoom sur Libra, embryon peut-être des futurs systèmes financiers ?

Libra, kesako ?

Ces derniers mois, Facebook a perdu de sa superbe et notamment de sa crédibilité. Les failles de sécurité touchant à plusieurs reprises les données confidentielles de ses membres ont fait monter au créneau les chefs d’Etat, contraignants Marc Zuckerberg à revoir sérieusement sa copie.
Avec deux arguments principaux, permettre aux adultes sans compte bancaire de payer grâce à leur téléphone et réduire les frais lors des transferts d’argent d’un pays à un autre, le patron de Facebook a souhaité lancer Libra, un projet de cryptomonnaie privée accompagnée d’une plateforme de services associés.
Gérée par une association (déjà immatriculée) en Suisse qui jouera le rôle de réserve financière, Facebook veut rassurer et se placer comme l’un des membres utilisateurs, au même titre que les déjà 27 entreprises et ONG membres. On peut citer Uber, Vodafone, Mastercard, Visa et le français Iliad, groupe de télécommunications fondé par Xavier Niel.

Libra : vade retro satanas !

La création d’une monnaie privée, gérée par des entreprises privées, pour des intérêts privés pose forcément de lourdes interrogations, soulevées à la fois par les économistes, par les Etats et par les établissements financiers déjà en place.

Les questions qui se soulèvent portent notamment sur la sécurisation des transactions, sur la stabilité financière mondiale, la protection des données mais également la légalité des opérations. Comment écarter tout risque de blanchiment d’argent ?

A noter que ces questions ne sont pas nouvelles et se posent depuis la création de la blockchain. Le fait que Libra soit une création collective internationale, accueillie par la Suisse, n’est pas sans augmenter les craintes.

Libra inquiète tellement que trois membres du Congrès américain ont demandé il y a quelques jours, la suspension du projet. Celui-ci, en plus de représenter un concurrent au dollar, “risque de mener à un nouveau système financier basé en Suisse qui essaie de rivaliser avec la politique monétaire américaine et le dollar. Cela soulève des inquiétudes en matière de privacy, de trading, sécurité nationale et politique monétaire, pas seulement pour les plus de deux milliards d’utilisateurs de Facebook mais aussi pour les investisseurs, consommateurs et l’économie mondiale ».

En France, nous n’en sommes pas à ce stade, mais le pays fait savoir son inquiétude, par la voix de Gérard Longuet, rapporteur de la commission d’enquête sur la souveraineté numérique au Sénat en opposant que par Libra, c’est tout un pan de l’économie qui risque de s’affranchir de la régulation et de la TVA.

Libra est un projet qui a toutes les chances d’aboutir. Pour autant, il est difficile sur un sujet aussi technique de prévoir exactement ce qui pourrait changer dans nos économies et nos habitudes. Mais devant les risques importants de perte de pouvoir de nos gouvernements et de nos banques traditionnelles, il y a fort à parier que Libra fera encore beaucoup parler d’elle ces prochains mois. A suivre …