Le phénomène n’est pas nouveau mais s’est accentué ces derniers mois. On l’a vu dans plusieurs villes de France : des actions violentes menées par des familles de victimes faisant justice elles-mêmes. Ces évènements marquent une véritable défiance des citoyens face à la justice et à l’Etat de droit.

Quelques faits …

Plusieurs cas ont marqué les faits divers à la fin de l’année 2022… Ainsi, un père de famille de Roanne molestait un mineur isolé suspecté d’avoir agressé sa fille de 6 ans tandis que les proches d’une femme de 47 ans, assassinée à Nantes, identifiaient le meurtrier présumé et lui faisaient subir un interrogatoire brutal.

Ces phénomènes ne sont pas nouveaux et se reproduisent dans tous les pays du monde. Un terme a même été créé pour décrire ces auto-justiciers, on parle de “vigilantisme”.

Forgé aux États-Unis dans la première moitié du XIXe siècle, ce terme recouvre des actions collectives, souvent violentes et illégales, qui ont pour vocation de maintenir l’ordre et/ou de rendre la justice, au nom de normes juridiques ou morales.

Ces actions suscitent la polémique et si elles étaient généralement dénoncées par le plus grand nombre, elles trouvent aujourd’hui grâce aux yeux de nombreux citoyens qui ont perdu confiance dans la justice de notre pays. Le phénomène est également amplifié par les réseaux sociaux sur lesquels sont diffusées ces actions et sous le coup d’émissions de télévision dirigées par certains animateurs qui s’érigent en magistrats. Citons notamment Cyril Hanouna, qui réclamait il y a encore quelques semaines la perpétuité directe pour la meurtrière présumée de la petite Lola.

L’Etat de droit

Le concept d’État de droit s’oppose à la notion de pouvoir arbitraire. Théorisé par le juriste Hans Kelsen au début du XXe siècle, il le définissait ainsi : “un État dans lequel les normes juridiques sont hiérarchisées de telle sorte que sa puissance s’en trouve limitée”.

Cette expression est devenue au fil des années un thème politique et elle est aujourd’hui considérée comme la principale caractéristique des régimes démocratiques.

Ainsi, le principe de légitimité est subordonné au principe du respect de la légalité.

En se faisant justice eux-mêmes, les citoyens se défient de l’Etat de droit et s’en affranchissent.

Le point commun de tous les justiciers autoproclamés est de partager une forte méfiance vis-à-vis de la justice officielle et de l’État de droit. Ils estiment que l’institution judiciaire n’est pas efficace, qu’elle est trop lente, trop procédurière, trop injuste ou trop laxiste. Par leurs actions expéditives, ils prennent le contrepied du temps de la justice et endossent toutes les casquettes : enquêteurs, policiers, procureurs, juges et bourreaux. Si l’objectif avoué est la vengeance et la dissuasion, au temps des outils numériques, il en est un beaucoup moins évident et pourtant qui est sous-jacent, c’est celui du divertissement. Excès et débordements créent des vues, des likes, valorisent virtuellement les actions des auto-justiciers devenus héros chez Cyril Hanouna et CNews et entretiennent leur volonté d’agir en dehors des règles.

La solution ? Aucune baguette magique malheureusement et il faudra mener plusieurs actions pour calmer les ardeurs des auto-justiciers avant qu’un drame arrive : pédagogie à travers les médias, utilisation raisonnée des réseaux sociaux et surtout, rendre enfin la justice efficiente par davantage de moyens.

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