Les affaires ne cessent de secouer le monde politique en ce moment. Affaire Balkany, affaire Fillon, affaire Griveaux … Ces tremblements de terre politiques et médiatiques remettent tristement au goût du jour une maxime célèbre : “deux seules choses font bouger le monde, l’argent et le sexe”. Et si nous pensions avoir tout vu sur les petites cachotteries de nos hommes politiques, nous nous étions trompés.
Depuis février, le revenge porn fait une apparition très remarquée dans ce monde feutré et bien élevé.

Genèse de l’affaire Griveaux

Candidat LREM à la mairie de Paris, Benjamin Griveaux suivait son petit bout de chemin vers les élections municipales. C’était sans compter les vidéos à caractère sexuel qu’il avait adressées à une étudiante en droit de 29 ans, Alexandra de Taddeo, et qui se sont retrouvées à la une des réseaux sociaux et sur un site internet. Passons les éléments grivois mais il semble que certains détails très intimes justement eussent permis de compromettre l’homme politique.
Très rapidement après la diffusion des vidéos, Benjamin Griveaux annonçait sa décision de se retirer de la campagne municipale.

L’histoire se corse lorsque l’on apprend que c’est Piotr Pavlenski, un artiste russe réfugié en France, auteur d’actes artistiques très engagés, dont certains l’ont conduit en prison, petit ami d’Alexandra de Taddeo, qui a diffusé les images pour dénoncer l’hypocrisie de l’ancien porte-parole du gouvernement. N’oublions pas de mentionner Joachim Son-Forget, député et candidat à la présidentielle 2022, qui a relayé sur son compte twitter le lien vers le site internet hébergeant les vidéos.

Là-dessus, se rajoute la défense de Piotr Pavlenski par Juan Branco, adversaire très remonté et très engagé d’Emmanuel Macron.

De ce boulgi boulga médiatico-politique, des flèches sont tirées en tous sens. Garde à vue et mise en examen pour le couple, poursuites disciplinaires contre Juan Branco, expertise psychiatrique de Benjamin Griveaux sollicitée, plainte pour vol d’ordinateur portable, mise en examen de Piotr Pavlenski pour violences aggravées le soir du 31 décembre dernier … les affaires dans l’affaire sont quotidiennes, donnant presque la nausée.

Trop confus, concentrons-nous sur la question de droit soulevée par la diffusion des vidéos intimes.

Le revenge porn du côté du droit

Le revenge porn ou pornodivulgation est un délit, défini par l‘article 226-2-1 du Code Pénal depuis octobre 2016. Il  correspond au “fait, en l’absence d’accord de la personne pour la diffusion, de porter à la connaissance du public ou d’un tiers tout enregistrement ou tout document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel, obtenu, avec le consentement exprès ou présumé de la personne ou par elle-même”.
Il est incontestable que Benjamin Griveaux fait l’objet d’une grave atteinte à l’intimité de sa vie privée.
Pour ces faits, pour lesquels ils sont mis en examen, Piotr Pavlenski et Alexandra de Taddeo, risquent chacun deux ans de prison et 60.000 euros d’amende.  

A noter que la personne qui partage ou relaie les vidéos concernées “est puni des mêmes peines le fait, en l’absence d’accord de la personne pour la diffusion, de porter à la connaissance du public ou d’un tiers tout enregistrement ou tout document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel, obtenu, avec le consentement exprès ou présumé de la personne ou par elle-même” … 

Imaginez le nombre d’individus susceptibles d’être inquiétés par la justice ! Bref, encore une affaire qui va alimenter la justice et les médias de nombreux mois, par ses rebondissements réguliers. Heureusement que le code pénal est là pour éclairer cet évènement, ses définitions étant bien les seules choses simples de cette triste affaire.