Début avril 2021, une vidéo diffusée par M6, montrait Pierre-Yves Chalençon, collectionneur Parisien, se vanter d’organiser des dîners privés, malgré le coronavirus et toutes les restrictions sanitaires du moment.

Les faits

Depuis la fermeture des restaurants, plusieurs établissements à Paris et ailleurs en France, ont été surpris en train d’accueillir des clients plus ou moins discrètement. Nous en avions déjà parlé dans ces pages : article « des magistrats surpris dans des restaurants clandestins. »  

Là où la situation diffère cette fois, c’est que les dîners concernés furent organisés dans un lieu autre qu’un restaurant. L’affaire aurait pu rester à une infraction des règles sanitaires en vigueur. C’était sans compter les déclarations de l’organisateur des soirées, affirmant en caméra cachée que certains ministres étaient des habitués de ces soirées.  

Différence entre dîners privés et dîners clandestins

Actuellement, les dîners privés sont déconseillés mais pas interdits. La seule limite est le respect du couvre-feu à 19h et dans les faits, personne ne peut vérifier si chez vous, vous recevez des amis lors d’un déjeuner ou d’un dîner.
Alors en quoi ces dîners parisiens feraient-ils exception ?

La grande différence entre le dîner privé et le dîner clandestin est l’existence d’une tarification et d’une participation financière à cet évènement. Les invités ne viennent pas dans ces soirées à titre d’amis mais bien à titre de clients. La présence du chef professionnel, Christophe Leroy, et de serveurs vus dans les images de la caméra cachée diffusée par M6, atteste de la relation commerciale entre les hôtes et les invités.
M6 affirme que le prix du repas était fixé à 220€ par personne.  

Une question toutefois n’est pas tranchée : le Palais Vivienne dans lequel les dîners ont été organisés est-il un lieu privé ou public ? Un coup d’œil au site du Palais nous permet de constater que les deux aspects privés et publics se chevauchent : “C’est l’un des plus beaux lieux privés de la capitale” et “le Palais Vivienne propose à la location 5 espaces dont 3 salons en enfilade.”

Quid de la jauge de six personnes ?

Depuis les fêtes de fin d’année, cette jauge de 6 personnes nous poursuit. D’abord recommandation faite par les professionnels de santé, cette jauge est vite devenue une obligation rappelée par le gouvernement fin mars : il est interdit de se regrouper à plus de six personnes dans l’espace public, en extérieur.
Des verbalisations sont d’ailleurs dressées en ce sens.

Pour autant, cette jauge est-elle obligatoire dans la sphère privée ? Aucunement. A l’intérieur, cette règle est davantage une recommandation sanitaire.

Que risquent les organisateurs des soirées clandestines ?

Dès la diffusion des images, le procureur de Paris a ouvert une enquête pénale pour mise en danger de la vie d’autrui et travail dissimulé. Des perquisitions ont d’ores et déjà eu lieu, ainsi que les gardes à vue du chef Christophe Leroy et du collectionneur Pierre-Yves Chalençon.

Le travail dissimulé est puni jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000€ d’amende. La sanction monte même à 10 ans de prison et 100 000€ d’amende si c’est une bande organisée.

Quant à la mise en danger de la vie d’autrui, elle est passible d’un an de prison et de 15000€ d’amende.

Attention, les clients sont également sanctionnables. Profiter du travail dissimulé peut s’assimiler à du recel. Par ailleurs, chaque client risque deux amendes de 135€ chacune, pour non-respect du couvre-feu et non port du masque.

Pour revenir aux participants, si le nom de Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a été cité, rien ne vient prouver sa présence à ces dîners clandestins.
En revanche, l’ex-ministre Brice Hortefeux et le journaliste Olivier Duhamel ont reconnu y avoir participé, en toute innocence dirent-ils !