Chaque année, mis en cause dans les médias par les associations féministes, le comité de l’organisation du concours Miss France est cette fois-ci dans une situation plus délicate.

En effet, l’association « Osez le féminisme » frappait fort en octobre dernier en déposant contre la structure une requête devant le Conseil des Prud’hommes pour violation du droit du travail.

2022 sera-t-elle l’année d’une modernisation, dans un premier temps juridique, du célèbre concours de beauté ?

Que reproche-t-on au concours Miss France ?

Inutile de revenir sur les qualificatifs grand public qui reviennent chaque année au moment du concours, nous les connaissons tous : ringard, démodé, sexiste …

Cette fois-ci, le débat se déplace sur le domaine du droit et devient bien plus intéressant. 

Si année après année, toutes les associations féministes se soulèvent contre le concours, c’est l’association « Osez le féminisme » qui frappe fort avec des arguments juridiques pour contrer l’événement qui selon elle, “ne vise qu’à propager et renforcer des stéréotypes sexistes”.

Si l’association ne peut agir sur l’opinion publique qu’à coups de communiqués, elle entend faire bouger les choses par la justice. Ainsi, une requête devant le Conseil des Prud’hommes de Bobigny visant Endemol Production et la société Miss France a été déposée en 2021.

Quels sont les arguments juridiques de l’association ?

« Osez le féminisme » agit sur le non-respect du droit du travail en visant tout particulièrement les critères de recrutement des candidates.

Les règles imposées aux candidates avant, pendant et après le concours, seraient discriminatoires.

C’est vrai qu’elles sont fort nombreuses. Ainsi, les jeunes femmes doivent mesurer au minimum 1,70 m, être célibataires, ne pas boire ni fumer en public, ne pas se dévoiler sur des photographies, ne pas porter de tatouages, ne pas être ni avoir été mariée ou pacsée, ne pas avoir eu ni avoir d’enfant …

La ministre de l’égalité entre les femmes et les hommes Elisabeth Moreno, elle-même, déplore des « règles dépassées (…) qui peuvent être discriminantes ».

Et en effet, le droit du travail dans son article L 1132-1 du Code du Travail, interdit toute forme de discrimination relative aux mœurs, à l’âge, à la situation de famille, à la grossesse, aux caractéristiques génétiques, aux opinions politiques et à l’apparence physique.

Autre argument de l’association, l’absence de contrat de travail pour ces jeunes femmes lors des séjours de préparation au concours et lors de la soirée événementielle diffusée par TF1.

Sans attendre le résultat de la requête de l’association, Alexia Laroche-Joubert, nouvelle présidente de la société Miss France et productrice de l’émission, a d’ores et déjà fait bouger les règles juridiques du concours. Le soir de la diffusion, toutes les Miss étaient sous contrat de travail. 

A voir si cela apaisera l’association et satisfera les conseillers prud’hommaux, appelés à se prononcer lors d’une audience le 21 juin 2022. A noter qu’une audience de conciliation a déjà eu lieu entre les parties le 1er décembre dernier, se révélant infructueuse. 

Les Miss France dans le collimateur de la justice, ce n’est finalement pas nouveau, une action au civil est déjà en cours contre TF1 et Endemol Production.

Elle est portée par deux anciennes participantes dont des images divulguant leur corps et leur nudité ont été diffusées à l’antenne. Elles portent plainte pour “atteinte à leur droit à l’image, à leur intimité et à leur vie privée”.