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juillet 2019

Début juillet, les députés ont voté la loi Avia, censée protéger les individus contre les propos haineux diffusés sur internet. Pourtant, cette loi fait débat.

Loi Avia : le principe

Du nom de la députée LREM Laetitia Avia, régulièrement victime de propos violents et notamment racistes sur les réseaux sociaux, celle loi vise à la suppression des commentaires d’incitation à la haine, à la violence, les injures à caractère raciste ou encore religieuses.

Si la loi est votée en dernière lecture (elle sera présentée au Sénat en septembre pour une adoption rapide), plateformes et sites internet auront l’obligation de supprimer dans les 24h tout propos “manifestement” illicites. A défaut, les sanctions encourues seront lourdes et les amendes pourront atteindre 1,25 million d’euros.

D’autres mesures sont prévues par la loi : les sites internet devront jouer la transparence sur les moyens qu’ils mettent en oeuvre pour lutter contre les trolls et les haters, diffusion des résultats obtenus, coopération étroite avec la justice et attention toute particulière à la protection des mineurs.
L’organe de contrôle chargé de superviser l’ensemble de ces mesures sera le Conseil supérieur de l’audiovisuel. 


Ce système inspiré du modèle allemand, soulève pourtant contre lui de nombreuses contestations.
Malgré le fait que chacun s’accorde sur la nécessité de lutter contre les vagues de haine qui se propagent parfois sur internet et notamment les réseaux sociaux, ce texte précisément ne remporte pas l’adhésion de tous.
Notons tout de même que la loi Avia a été votée en première lecture par 434 voix pour, 33 contre et 69 abstentions.


Pourquoi la loi Avia divise ?

L’atteinte à la liberté d’expression est soulevée par les opposants à la loi, qui voient là un risque d’aseptisation et d’uniformisation des contenus en ligne.

Un autre argument est avancé et notamment par les membres des Insoumis : le transfert de responsabilité de l’Etat aux plateformes les inquiètent particulièrement.
En effet, rappelons que le système souhaité par la députée, confie aux plateformes l’ensemble de la charge de la protection des internautes. Par plateforme, on entend les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple), ces géants d’internet, pour l’instant plus soucieux de leurs bénéfices que de la sécurité en ligne. 


Devant la montée du tollé, le gouvernement a fait ajouter par amendement au texte initial qu’un parquet et une juridiction seront spécialisés dans la lutte contre la haine en ligne. Histoire de rééquilibrer les pouvoirs et de remettre la justice au coeur du système. Ceci est judicieux si des moyens seront accordés à la justice pour agir …

Pas certain que cela suffise en tout cas à rassurer l’appareil judiciaire. En effet, dans une lettre ouverte, la Ligue des droits de l’homme, la présidente du Conseil national du numérique et la présidente du Conseil national des barreaux ont avancé que « le juge doit être au cœur tant de la procédure de qualification des contenus que de la décision de leur retrait ou blocage ».

Là encore, nous suivrons le cheminement de la loi Avia ces prochains mois et ne manquerons pas de venir faire le point sur son sort dans nos pages.

Depuis plusieurs mois, Facebook travaille au renouvellement à la fois de son image mais aussi de son fonctionnement. Au-delà du célèbre réseau social, toujours numéro 1 mondial malgré les disgrâces récentes, le géant américain souhaite créer dès 2020, une monnaie privée et une institution financière. Rien que ça !
La monnaie, appelée Calibra, qui reposerait sur les modalités de la blockchain, pose d’ores et déjà de sacrés défis aux banques et aux Etats, qui commencent à réagir vivement et ne voient pas d’un bon oeil ce nouveau pouvoir financier.

Zoom sur Libra, embryon peut-être des futurs systèmes financiers ?

Libra, kesako ?

Ces derniers mois, Facebook a perdu de sa superbe et notamment de sa crédibilité. Les failles de sécurité touchant à plusieurs reprises les données confidentielles de ses membres ont fait monter au créneau les chefs d’Etat, contraignants Marc Zuckerberg à revoir sérieusement sa copie.
Avec deux arguments principaux, permettre aux adultes sans compte bancaire de payer grâce à leur téléphone et réduire les frais lors des transferts d’argent d’un pays à un autre, le patron de Facebook a souhaité lancer Libra, un projet de cryptomonnaie privée accompagnée d’une plateforme de services associés.
Gérée par une association (déjà immatriculée) en Suisse qui jouera le rôle de réserve financière, Facebook veut rassurer et se placer comme l’un des membres utilisateurs, au même titre que les déjà 27 entreprises et ONG membres. On peut citer Uber, Vodafone, Mastercard, Visa et le français Iliad, groupe de télécommunications fondé par Xavier Niel.

Libra : vade retro satanas !

La création d’une monnaie privée, gérée par des entreprises privées, pour des intérêts privés pose forcément de lourdes interrogations, soulevées à la fois par les économistes, par les Etats et par les établissements financiers déjà en place.

Les questions qui se soulèvent portent notamment sur la sécurisation des transactions, sur la stabilité financière mondiale, la protection des données mais également la légalité des opérations. Comment écarter tout risque de blanchiment d’argent ?

A noter que ces questions ne sont pas nouvelles et se posent depuis la création de la blockchain. Le fait que Libra soit une création collective internationale, accueillie par la Suisse, n’est pas sans augmenter les craintes.

Libra inquiète tellement que trois membres du Congrès américain ont demandé il y a quelques jours, la suspension du projet. Celui-ci, en plus de représenter un concurrent au dollar, “risque de mener à un nouveau système financier basé en Suisse qui essaie de rivaliser avec la politique monétaire américaine et le dollar. Cela soulève des inquiétudes en matière de privacy, de trading, sécurité nationale et politique monétaire, pas seulement pour les plus de deux milliards d’utilisateurs de Facebook mais aussi pour les investisseurs, consommateurs et l’économie mondiale ».

En France, nous n’en sommes pas à ce stade, mais le pays fait savoir son inquiétude, par la voix de Gérard Longuet, rapporteur de la commission d’enquête sur la souveraineté numérique au Sénat en opposant que par Libra, c’est tout un pan de l’économie qui risque de s’affranchir de la régulation et de la TVA.

Libra est un projet qui a toutes les chances d’aboutir. Pour autant, il est difficile sur un sujet aussi technique de prévoir exactement ce qui pourrait changer dans nos économies et nos habitudes. Mais devant les risques importants de perte de pouvoir de nos gouvernements et de nos banques traditionnelles, il y a fort à parier que Libra fera encore beaucoup parler d’elle ces prochains mois. A suivre …